Burkina Faso: Quand la présidentielle de 2015 se prépare déjà dans la rue

Les révolutions ne sont pas toujours visibles, surtout si elles concernent des pays que la pluspart des gens a du mal à individuer sur les cartes geographiques. Tel est le cas du Burkina Faso, pays dans lequel un vaste mouvement populaire est en train de s’opposer – pacifiquement – à la proposition de création du Sénat et à la modification de l’article 37 de la Constitution, mesures qui assureraient au président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, la réélection en 2015. Sur ces évènements vous ne trouverez aucun mot dans les media.

Blaise Campaoré et Jacques Chirac

Blaise Campaoré et Jacques Chirac

Simple distraction sur un des pays les plus pauvres du monde et loin de la scène internationale, ou bien occultation coupable? Il ne faut pas oublier que Blaise Campaoré a pris le pouvoir grâce à un coup d’état qui a éteint la plus lumineuse expérience de changement de l’Afrique postcoloniale, celle de Thomas Sankara, et que des nombreuses témoignages mettent en cause l’actuel président du Burkina Faso dans l’assassinat, avec la complicité d’Houphouët Boigny, mais aussi de la France, de la CIA et d’autres personnalités africaines http://www.ceraunavolta.rai.it/dl/portali/site/puntata/ContentItem-7797dcf2-7cb3-4d0e-9520-a81888312ba1.html?homepage. “En outre, Blaise Campaoré  a été pointé par un rapport de l’ONU de 2004 comme organisateur de trafics avec l’UNITA qui alimentaient la guerre civile en Angola, de même qu’il l’a fait par la suite avec Charles Taylor dans la guerre civile au Libéria et en Sierra Léone, et dans le plus récent conflit en Côte d’Ivoire”, affirment les organisateur de la campagne Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique. Mais son lien avec la France et les puissances de l’Occident semble le protéger de toute enquêtes, de sorte que, au contraire, cette obscure personnalité devient interlocuteur privilégié pour les questions qui concernent l’Afrique: Blaise Campaoré a été le médiateur officiel de l’Ecowas pour la crise malienne http://www.panapress.com/ECOWAS-names-President-Compaore-as-Mediator-in-Mali-rebellion—12-823841-100-lang2-index.html,  il a reçu des prix internationaux, comme le Prix Galileo pour la médiation des conflits ethniques et sociaux et il a été hôte d’honneur pour le Forum de la Coopération organisé en Italie en Novembre 2012 http://www.cooperazioneallosviluppo.esteri.it/pdgcs/italiano/speciali/ForumCooperazione/Intro.htm.

Quel sera l’avenir du Burkina Faso et celui de son actuel Président? Le mouvement “Le Balai Citoyen” saura-t-il donner un “coup de bal” à son présent et trouver la voie pour  réaliser une “vraie démocratie”, une “bonne gouvernance” et un “meilleur vivre ensemble” au Burkina Faso?

Afin d’en savoir plus et comprendre les dynamiques actuelles, nous nous sommes adressés au quotidien online Burkina24 et nous avons le plaisir de vous proposer l’article et les images envoyés par Justin Yarga, un de ses redacteurs.

En l’espace d’une semaine, le Burkina Faso, pays de l’Afrique de l’ouest, a vécu au rythme de deux marches-meetings. L’opposition et le parti au pouvoir ont fait une démonstration de force dans la rue, respectivement le 29 juin et le 6 juillet, autour de la mise en place de la seconde chambre du Parlement, mais surtout en prélude à la présidentielle de 2015.

A l’origine des deux manifestations, la mise en place d’un Sénat, seconde chambre du Parlement que les partis d’opposition et de nombreux citoyens ne veulent pas.  Il s’agit pourtant d’une décision consensuelle, suite à des concertations nationales en vue de réformes consensuelles, auxquelles l’opposition n’avait pas pris part.

Pour le parti au pouvoir, cette chambre de sages participe du renforcement de la démocratie. Mais l’opposition y voit le moyen pour le parti au pouvoir et ses alliés de s’assurer une majorité qualifiée qui lui permette, en l’absence de son allié de poids l’ADF-RDA, de modifier l’article 37 et donner ainsi la possibilité d’un second mandat au président Blaise Compaoré. Qui plus est, le Sénat dont un budget de 3 milliards de F CFA est déjà voté, aux yeux de l’opposition est une institution budgétivore dans un pays où tout est prioritaire et alors que pas loin elle est supprimée. Un argument qui pèse de tout son poids et suffit à convaincre les citoyens lambda.

Manifestation de l'opposition, 29 Juin 2013

Manifestation de l’opposition, 29 Juin 2013

Le 29 juin dernier, à l’appel d’une trentaine de partis d’oppositions rassemblée autour du Chef de file de l’opposition (…une institution créée par la loi sur le statut de l’opposition), près de cinquante mille Burkinabè ont marché dans la capitale contre la mise en place du Sénat, la vie chère …. Une marche qui a été dispersée par la police à coup de gaz lacrymogène.

La réplique du parti au pouvoir ne s’est pas fait attendre. Une semaine, jour pour jour, et suivant le même itinéraire, une foule sensiblement moins nombreuse était dans la rue de la capitale à l’appel du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré au pouvoir.

Manifestation du parti au pouvoir, 6 Juillet 2013

Manifestation du parti au pouvoir, 6 Juillet 2013

Les intentions du parti au pouvoir pour 2015 enfin dévoilées

Plus nombreux dans la seconde ville du pays, les manifestants du 6 juillet qui, au départ, ont été appelés à marcher pour soutenir l’œuvre de paix du Président Blaise Compaoré, ont finalement porté un message autre à l’opposition et au monde entier. On pouvait sur les pancartes et les affiches: “Oui à la modification de l’article 37“, “Oui à la candidature de Blaise Compaoré en  2015“. Sans équivoque, la marche du 6 juillet était une réplique à l’opposition, et mieux l’affirmation des ambitions du parti, et pas vraiment comme on l’annonçait, de soutien à la paix sociale

Les premiers responsables l’ont finalement avoué, même s’ils préfèrent justifier ces messages par la liberté d’expression des structures qui composent le front. On le soupçonnait de vouloir modifier l’article 37 pour donner la possibilité d’un énième mandat au président Blaise Compaoré. La mise en place du Sénat, aux yeux de l’opposition participerait de ce dessein. Désormais plus de doute après cette marche du 6 juillet : le CDP est prêt à modifier l’article 37 et donner la possibilité d’un énième mandat au président Blaise Compaoré.

Pancarte utilisé pendant la manifestation du parti au pouvoir du 6 Juillet 2013

Pancarte utilisé pendant la manifestation du parti au pouvoir du 6 Juillet 2013

Nul doute que les deux manifestations sont une  prélude à la bataille électorale de 2015 que de nombreux observateurs nationaux pressentent déjà assez risquée. L’opposition au Burkina n’a jamais été autant unie et forte, autour de la perspective d’une alternance en 2015 et le parti au pouvoir n’a jamais été aussi inquiété. On assiste à une sorte d’équilibre des forces politiques après les élections couplées de 2012. En effet, les élections législatives et municipales organisées en décembre 2012 ont vu émerger une nouvelle opposition, d’autant plus forte que l’allié traditionnel du parti au pouvoir et jusque-là deuxième force politique du pays, l’ADF-RDA, ne semble plus tout à fait d’accord avec la majorité. Ce parti est en effet opposé à la modification de l’article 37 et à la création du Sénat dans sa forme actuelle.

L’autre fait qui justifie l’inquiétude du parti au pouvoir, c’est le fait que cette opposition justement n’a jamais enregistré autant de démissionnaires du parti au pouvoir. Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), le chef de file actuel de l’opposition, Ablassé Ouédraogo du Faso Autrement ou encore Saran Séré Sérémé, sont des anciens du partis au pouvoir qui mènent la lutte pour l’alternance en ce moment.

Face à cette opposition de plus en plus forte, aux dissensions de plus en plus vives en son sein, et à l’approche de la présidentielle de 2015, le CDP est en la recherche de nouvelles stratégies. L’une d’elle, la plus visible et évidente en ce moment est d’avoir à sa cause les différentes couches socioprofessionnelles et les associations. Dans son bureau politique, Francois Compaoré, petit frère du président est d’ailleurs le secrétaire chargé des associations. Au nombre de ses structures, on compte des associations religieuses, le secteur informel et la chefferie coutumière. Mais il y a surtout  le bras associatif du parti, la FEDAP-BC (une association qui soutient les actions du Président Blaise Compaoré), et tout récemment les Franco Boys et Girls, entendez par là les garçons et filles et de François Compaoré.

Ce sont justement à ces association que le CDP a laissé le soin de porter certains de ses messages délicats. A propos des pancartes sur lesquelles on pouvaient lire « Nous allons modifier l’Article 37 et alors? », le Secrétaire exécutif national du CDP, Assmi Koanda, donne l’explication suivante: “Nous sommes un large front qui comprend aussi bien des formations politiques que des associations. Et dans ce front, l’expression est libre, les idées peuvent et doivent être partagées sans contraintes. Parce que nous avons horreur de la dictature de la pensée unique, nous avons horreur de ceux qui veulent appliquer la terreur intellectuelle“.

Comme on le voit, la bataille pour 2015 est engagée dans la rue, et ne s’annonce pas paisible. Après 24 ans de règne, Blaise Compaoré va-t-il quitter le pouvoir et donner une chance à l’alternance ? Si elle n’y croit plus, l’opposition entend l’y obliger, elle qui met les bouchées doubles pour tirer parti de son succès du 29 juin.

Justin Yarga – Journaliste web (Burkina 24) Blogueur

Encadré 1

« Le Balai Citoyen », le bras apolitique de la lutte contre le sénat

Les leaders du mouvement "Le Balai Citoyen" pendant la manifestation du 29 Juin 2013

Les leaders du mouvement “Le Balai Citoyen” pendant la manifestation du 29 Juin 2013

Dans la foulée, un mouvement citoyen a vu le jour. « Le Balai citoyen », porté par deux leaders de jeunesse et artistes engagés : Smockey et Sams’K le Jah. C’est au cours du meeting du 29 juin, où ils étaient balais en main, qu’ils ont lancé ce mouvement, pour rassembler, selon leurs termes, “tous ceux qui veulent le changement et qui n’appartiennent à aucun bord politique“. Pour ces deux-là, comme pour un grand nombre de citoyens, l’opposition, surtout de par le passé a toujours déçu, profondément déchirée par des querelles de leadership et divisées. A l’image de « Y en a marre » au Sénégal, les deux leaders affichent leur ambition de rassembler les citoyens qui veulent se battre pour le changement, indépendamment des politiques et de leur compromission.

Encadré 2

L’article 37, un serpent de mer

Sans nul doute le plus connu ou en tout cas le plus cité, l’article 37 de la Constitution burkinabè est au centre de tout ce qui se joue actuellement. Il dispose que : « Le Président du Faso est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il est rééligible une fois ». Retour sur quelques modifications importantes de la constitution de la IVe République.

La constitution de la IVe République a été adoptée par référendum, le 02 juin 1991. Depuis cette date, elle connaitra plusieurs révisions, notamment en ses dispositions concernant la limitation du mandat présidentiel, à travers principalement quatre lois constitutionnelles.

En 1997 la loi N°002/97/ADP du 27 janvier 1997 a fait sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiel à deux.

En 2000 la loi N° 003-2000/AN du 11 avril 2000 a consacré à  ramené la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans et le retour à la limitation du nombre de mandat à deux.

En 2002, la loi N°001-2002/AN du 22 janvier 2002 s’est essentiellement attachée à la transformation de la forme d’organisation du pouvoir législatif en la faisant passer d’un parlement bicaméral à une assemblée monocamérale et ce par la suppression de la Chambre des représentants.

En 2012 trois révisions ont été conduites dont deux apparaissent majeures. L’une d’elle, de portée très étendue,  a été le fait de la loi N°033-2012/AN du 11 juin 2012 qui a apporté des changements significatifs plusieurs niveaux dont notamment dont l’organisation du pouvoir législatif qui redevient bicaméral avec la création d’un Sénat.

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6 thoughts on “Burkina Faso: Quand la présidentielle de 2015 se prépare déjà dans la rue

  1. felicitation beaucoup de courage pour ce metier risque que tu mene que ALLAH te donne la force et le courage de continuer ton metier et tes projets d’avenir

  2. Au Burkina Faso la préoccupation de la population n’est pas contre ou pour le sénat mais une affaire des politiciens.Le peuple saura en temps opportun celui qui fera son affaire.

  3. Pingback: Burkina Faso: An African Crisis in the Making? · Global Voices

  4. Pingback: Il Burkina Faso che vuole cambiare | Noise From Africa

  5. Pingback: Il Burkina Faso che vuole cambiare - Pressenza

  6. Pingback: Burkina Faso: intervista al rapper Smockey Bambara | Africa News - Notizie dall'Africa

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